L’hiver s’installe écourtant nos journées et rallongeant nos nuits, nous rendant nostalgiques des journées ensoleillées en extérieur, plus particulièrement cette année, passée enfermés entre quatre murs sans interaction sociale dans un climat hostile.
Nous avons appris depuis quelques mois à intégrer dans notre quotidien les gestes barrières pour faire face à la propagation du virus et se prémunir physiquement. Mais ne devrions-nous pas en faire de même pour nous protéger de l’anxiété et du stress que la crise sanitaire a propagé ?
Michel Lejoyeux, professeur en psychiatrie, nous l’affirme très clairement : le stress post-traumatique n’est nullement une fatalité. Il est vital pour notre bien-être d’apprendre à manier une grammaire émotionnelle pour nous aider à faire face aux difficultés et renaître en temps de crise.
En s’appuyant sur des recherches récentes sur la psychologie, la santé et la biologie du cerveau, le professeur Lejoyeux propose dans son récent ouvrage Les Quatre Temps de la Renaissance, de multiples recettes et exercices à mettre en pratique afin de nous réconcilier avec nous-mêmes, et de trouver notre propre manière de renaître.
Pour garder bien-être, bonne humeur et santé, il va nous falloir réapprendre les conjugaisons, réouvrir notre grammaire des émotions et des comportements.
La méthode des Quatre Temps de la Renaissance repose sur quatre piliers : « surmonter le passé récent, regarder le présent sans angoisse excessive, anticiper un futur meilleur en étant optimiste de façon réaliste et cultiver les moments de lenteur et de vide avec le temps du gérondif ».
Comment alors puiser dans nos ressources psychologiques pour notre mieux vivre ?
Après avoir subi un temps que nous ne maîtrisions pas, et même au milieu de la tourmente, nous pouvons nous réapproprier ces temps pour enfin reconquérir notre temps, celui qui rend notre vie agréable ou pesante, exaltante ou insupportable.
Michel Lejoyeux
Surmonter le passé récent :
Tout s’ouvre avec le passé et c’est pour cela que nous devons trouver la position qui nous nous convienne le mieux vis à vis de notre passé, de se le réapproprier, se le remémorer ou même l’oublier. L’essentiel est d’adopter la posture dans laquelle nous nous sentirons confortable afin de transformer ce que l’on a vécu.
- Exercice : L’écriture expressive comme méthode narrative s’avère efficace pour surmonter le passé récent traumatique. Comment ? En notant quotidiennement trois souvenirs traumatiques, « des souvenirs chauds, chargés de beaucoup d’émotion, et froids, qui ont été assez neutres au plan émotionnel »
Regarder le présent
En prenant conscience de son corps et de son esprit, reconnaître nos émotions et écouter nos besoins physiques dans un objectif de réconciliation avec le présent.
- Exercice : Laissez votre esprit vagabonder préconise le professeur Lejoyeux : « Dix minutes par jour, pendant une semaine, livrez-vous à un exercice d’inattention. Intéressez-vous à la manière que vous avez de déconnecter. Accueillez toutes vos pensées qu’elles soient tristes ou gaies. Toutes les études montrent que plus on répète l’exercice, plus on va être plus résilient et détendu ».
- Mettez vous en situation en diffusant votre musique préférée et en vous accordant une déconnexion loin de vos téléphones, et dans un lieu propice.
Anticiper le futur
Soyez optimiste tout en gardant votre optimisme !
Et ce n’est pas là une énième injonction à faire semblant d’être fort tout en traînant ses idées noires mais bien une invitation à envisager un futur meilleur tout en étant réaliste.
- Exercice : Vous pouvez par exemple écrire une lettre de gratitude qui s’adresserait à votre entourage ou alors à vous, à vous de choisir.
- Prenez aussi le temps de programmer une activité qui fasse sens pour vous et prenez le soin de la vivre pleinement, aussi banale ou simple soit-elle. « Même si nous sommes revenus de l’optimisme à tous crins, même si notre futur est encore incertain, il n’est pas inutile de cultiver une dose d’anticipation positive, réaliste certes mais résolue. S’imaginer un futur acceptable, le visualiser est une manière de le faire arriver en dépit de toutes les catastrophes annoncées ou possibles. Là encore, nous pouvons nous entraîner à imaginer et à mettre en image notre futur, sans nier les drames bien sûr, ni les menaces passées et celles qui sont encore devant nous.
Le temps du gérondif
En grammaire, le temps du gérondif se constitue d’un participe présent précédé de « en ».
« Le gérondif, c’est la profonde dégustation de notre vie quotidienne, sans laisser les séquelles d’un passé envahissant ou de fausses contraintes la polluer. Vivre en gérondif suppose de vivre en lisant, en tenant un journal, en pratiquant quelques expériences de détente à mi-chemin de la relaxation et de la déconnexion de son présent inquiétant ».
- Exercice : En renonçant aux temps toxique comme le conditionnel et l’impératif qui nous poussent à ruminer ce qui aurait pu arriver, à nous torturer en ressassant les mille et une manière que nous aurions dû mobiliser pour éviter telle situation ou tel obstacle. C’est le temps des regrets, de la culpabilisation et de la dramatisation des risques, augmentant la peur face à la vie.








