Violence infantile

Ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ? Nos enfants sont les êtres qui nous sont les plus chers au monde et pourtant, ils peuvent être sujets de nos violences. Je laisse de côté les violences animées par des psychoses en l’occurrence les parents qui font subir à leurs enfants les pires traitements pouvant, dans des cas, entraîner le décès.

 Les auteurs des violences infantiles appelées communément violences éducatives ordinaires ou VEO ne se limitent pas aux seuls parents, il y a aussi le personnel éducatif.  Bien entendu, une violence reste une violence qu’elle soit « douce » ou « agressive ». Les violences éducatives ordinaires renferment un large éventail d’actes ; je vous recommande de visionner la conférence sur les VEO, qui a été animée par docteur Nadia Dinia sur l’espace Rising-up together de Coaching News Magazine.

 Acteurs des violences infantiles : quelle psychologie ?

La violence infantile est une perception négative, de la part de l’adulte, d’un acte commis par l’enfant ; c’est une sorte de résistance violente ou non de l’adulte qui n’est pas dans l’accueil des émotions de l’enfant. Cette attitude de non-accueil lui bande les yeux et ferme, ainsi, la porte aux explications, soit la communication. Quand la communication fait défaut l’adulte manifeste cet état de blocage par de la violence verbale (insultes) ou physique (partant de la fessée jusqu’à la gifle ou au-delà). Les adultes qui s’emportent et réagissent violemment sont incapables de « réparer » leur intérieur ce qui les fait souffrir et les pousse à agir de la sorte. C’est le cas du parent qui s’énerve et sort de ses gants parce qu’il n’arrive pas à approcher l’acte qui génère sa colère : les canaux de communication sont d’ores et déjà brisés.

Point de vue d’un pédagogue 

Si on remonte dans l’histoire, on saura que les violences contre les enfants ne datent pas d’hier ; d’ailleurs, dans l’Emile Jean Jacques Rousseau écrit : « Que peut-on dire de ces pères extravagants qui après avoir cruellement châtié un enfant le forcent encore à demander pardon, à baiser la berge, à faire toutes les indignes bassesses qui peuvent avilir l’âme ou l’enflammer d’un esprit de haine et de vengeance que rien ne saurait étreindre ». Rousseau, lui-même, était sujet de violence paternelle, même s’il ne l’a jamais dit ouvertement, il avait aussi subi des violences « douces » de la part de sa tante Suzon qui s’était occupée de son éducation après la mort de sa mère, décédée lors de son accouchement. La tante Suzon exerçait sur lui, sans le vouloir, du chantage émotionnel ; il avait toujours peur qu’elle s’en aille et cesse de l’aimer, c’est pour cette raison qu’il faisait de son mieux pour être sage. Plus tard, devenu adulte, Rousseau qui s’opposait à l’éducation rigide et punitive, avait abandonné ses enfants en les envoyant dans un orphelinat ; c’est pour vous dire que la violence naît de la violence et l’abandon naît de l’abandon.

Vers une prise de conscience pour une meilleure prévention des violences infantiles

Trop souvent, la personne de qui émane la violence n’arrive pas à décrire son état, vous l’entendez dire qu’elle avait les yeux bandés ; en fait, dans ces cas, on assiste à un dysfonctionnement momentané des sens chez la personne à l’origine des violences infantiles. Ce dysfonctionnement momentané, heureusement pour l’enfant, lui épargne une souffrance qui perdure et qui risque d’affecter sa santé mentale. Le poids de l’hérédité y est pour beaucoup dans ce cheminement ; une personne violente retrace, dans la plupart du temps, son histoire en toutes lettres, quand elle n’a pas coupé les liens conscients et inconscients avec ses souffrances ; elle les fait, alors, subir involontairement à ses propres enfants.

La résilience, quand elle est possible, reste une étape importante pour pardonner et se pardonner soi-même ; tout ce qui peut arriver après est du registre de la communication, une communication souhaitée non-violente dont les bases sont l’écoute, l’écoute et encore l’écoute. Quand on est à l’écoute des moindres besoins de nos enfants, on se donne la chance de les comprendre, de mieux les vivre et d’y répondre éventuellement.

NAJAT ALABDLI

Lauréate de l'université des sciences de l'éducation, Coach scolaire, spécialisée en psychologie du développement de l'enfant

2 Comments
  1. Lucide….
    Ca fait vraiment mal de lire cet article car avec le recul, on se dit que c etait pas si grave pour traiter sa progéniture de la sorte… Je regrette amèrement le “très peu” des fois d avoir mal traité mes enfants chéris… Ca me culpapilise à mort…
    Merci chère auteure de nous avoir ouvrir les yeux !

    1. Merci Loubna pour ton commentaire,nul ne peut prétendre qu’il n’a jamais commis de violence éducative ordinaire. L’essentiel c’est de prendre conscience de ses actes et de communiquer au maximum avec ses enfants.Si on est dépassé,il n’y a pas de mal à demander de l’aide,il arrive des fois où on ne peut plus assumer tout seul.

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