L’art de la transmission à l’honneur pour la 13ème édition du Festival de la Culture Soufie

Fès célèbre la 13ème édition de son Festival de la Culture Soufie, du 17 au 26 octobre 2020. L’art de la transmission ressort avec force en cette édition qui coïncide avec ces circonstances difficiles liées au Covid 19, raison pour laquelle le festival se déroule cette année en ligne.

13ème édition du Festival de la Culture Soufie, du 17 au 26 octobre 2020

La transmission avec toutes les connotations positives qu’elle revêt, est à l’honneur pour cette 13ème édition. Les organisateurs ont mis en place tous les moyens logistiques et techniques pour faire vivre aux festivaliers une édition exceptionnelle : expositions, tables rondes, cafés littéraires, cérémonies soufies…, avec plus d’une soixantaine d’experts, conférenciers, écrivains, plasticiens, guides spirituels, musiciens…etc.

Le soufisme : culture ancestrale

Le soufisme est la voie mystique musulmane, tasawuf tire son nom du mot « souf » ou tunique de laine dont s’habillaient ses premiers adeptes. Il vise l’éveil des consciences et la révélation de Dieu par des pratiques individuelles ou collectives. Le soufisme a vu le jour la première fois en 622, à la Mecque avec des figures comme Rabia Al Adawiya baptisée la mère du bien. À partir du 7ème siècle, le soufisme commence à se structurer autour de quelques grandes confréries comme La Quadiriya, La tijaniya…etc. Les derviches ou dévots cherchent la transe où l’égo s’oublie dans le dhikr d’ALLAH.

On a longtemps considéré que le soufisme était l’apanage d’une secte ou d’un groupe d’initiés. À présent, le soufisme rompe le silence autour de lui et nous ouvre les voies pour comprendre sa philosophie. Le voyage dans le soufisme est balisé par des valeurs nobles dont l’humilité, la fraternité, la purification de l’âme…etc. Ce voyage se solde par un retour à soi-même avec la conviction que Dieu, les Hommes et l’univers ne font qu’un.

Les thèmes soufis : appréhender les confusions

Souvent on entend parler d’amour dans le soufisme : ce thème ressort dans plusieurs ouvrages des grands maîtres soufis, on peut citer : Les couleurs de l’amour de Jalal Eddine Rûmi, Le traité de l’amour d’Ibn Aarabi et Le livre de l’amour de l’Imam Al Ghazali. L’amour ici est exclusivement amour de Dieu, c’est un effacement de la personne et un renoncement à soi. « Aimer Dieu est l’ultime but des stations spirituelles et le plus haut sommet des rangs de noblesse. Il n’est de station au-delà de celle de l’amour qui n’en soit un fruit et un corollaire », explique Al Ghazali. Selon Ibn Aarabi, l’amour entre les humains n’est autre que celui de la présence de Dieu. Dans le soufisme, le cœur est un miroir qu’il faut nettoyer et entretenir dans la finalité d’y voir le reflet du divin.

 Le soufisme prône l’aliénation matérielle sans pour autant démissionner de la vie sociale. Il n’est nulle question de vivre dans un monde cloisonné, mais la manipulation de la vie matérielle se fera avec plus de précautions. Cheikh Khaled Bentounès, guide spirituel algérien l’explique ainsi : « Manipuler la vie matérielle avec des mains sans jamais la laisser rentrer dans les cœurs, les mains se lavent, mais pas les cœurs ».

Dans le traité de l’amour, Ibn Aarabi dit à propos de son cœur : « Il est temple pour idoles…Il est les tables de la Torah…Et aussi les feuillets du coran ! ». Le soufisme est capable d’héberger toutes les religions, il est dans l’acceptation de l’autre et véhicule des messages de tolérance et autant de valeurs qui contribuent à l’essor de la voie mystique musulmane.

Le Festival de la Culture Soufie pour nous faire redécouvrir le sens de la vie

Durant cette épreuve si déroutante qu’est la crise sanitaire actuelle, nos certitudes antérieures sont bousculées. La culture vient alors nous amener à interroger sur le sens de la vie : « Quelles sont les valeurs humaines et spirituelles qui nous paraissent, au regard de cette crise, essentielles ; celles que  nous aimerions transmettre aux générations futures ? ».

Cette treizième édition nous invite à être à l’écoute de ces perles de sagesses et d’expérience humaine de ceux qui nous ont précédés, avant de les mettre à l’épreuve de nos propres expériences.

NAJAT ALABDLI

Lauréate de l'université des sciences de l'éducation, Coach scolaire, spécialisée en psychologie du développement de l'enfant

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