Syndrome du manque de nature

Une question ne cesse de me traverser l’esprit : « Est-ce que nos enfants ont un contact régulier avec la nature ? » ; je vous laisse réfléchir quoique, vu la réalité culturelle et la physionomie caractéristique de nos quartiers et villes, la réponse serait à l’unanimité « NON »… Non, nos enfants n’ont pas de contact régulier avec la nature ou ne l’ont pas du tout.

Avec l’étendue des zones urbaines, l’intérêt est plutôt porté sur l’activité humaine et écarte le paysage. Les bâtiments sont mis à l’avant et si on a un peu de chance, on peut croiser quelques mètres carrés d’espaces verts éparpillés par ci et par là.

Qu’est-ce que le syndrome du manque de nature ?

Pour ceux qui se demandent si le syndrome du manque de nature est reconnu comme maladie, je réponds que non. On doit la découverte de ce syndrome à l’auteur de « Last child in the woods », Richard Louv . L’écrivain résume les causes de ce syndrome en une phrase « Les parents avaient grandi dans la nature, tandis que leurs enfants grandissent dans la maison ».

 Les symptômes du syndrome du manque de nature

Les enfants qui sont en déficit de la nature sont exposés à des maladies comme le diabète, l’asthme et les maladies cardiovasculaires ; ils ont un mode de vie sédentaire et passent beaucoup de temps devant les écrans, d’ailleurs le symptôme le plus récurrent de ce syndrome c’est le stress. Anna Freud (1895-1982) s’est intéressée au stress chez les enfants, elle avait fondé le Hampstead War Nursery pour aider les enfants d’après-guerre, elle avait publié plusieurs recherches sur l’impact du stress sur les enfants. De nos jours, le vrai danger auquel sont exposés les enfants consiste en une guerre virtuelle qui se déroule chaque instant sur les consoles de jeux.

La guerre virtuelle : un bilan lourd

L’usage fréquent des jeux vidéo met l’enfant dans un état de stress permanent qui s’accentue par les perturbations qui affectent son bien-être et son équilibre mental, ce qui fait que l’anxiété prend le dessus. Donc, vu sous cet angle, le stress est une réponse à une situation de non- adaptation ou de tentative d’adaptation ; et là, le stress n’est pas seulement lié aux événements négatifs, mais aussi aux événements positifs. Eh oui ! Tout devient source de stress chez l’enfant en manque de nature : dans le cercle familial, le stress peut se déclencher suite à un déménagement, à la mort d’un parent ou d’un proche, à la séparation des parents ou encore à l’arrivée d’un nouveau-né tandis qu’à l’école le stress est une conséquence des exigences liées aux performances scolaires et des relations tendues avec les pairs ou les enseignants.

Les conséquences du stress sur la santé psychique et physique de l’enfant :

La liste est bien longue, mais je me suis contentée de citer les conséquences qui ont un impact direct sur l’enfant :

    • état colérique inexplicable,
    • manque de concentration,
    • maux de tête et de ventre,
    • rythme cardiaque rapide,
    • refus d’aller à l’école,
    • Troubles du sommeil,
    • difficultés scolaires,
    • crises d’énurésie,
    • réactions émotives exagérées…etc.

Manque de nature ! Qu’en disent les neurosciences ?

Les chercheurs en neurosciences ont procédé à des recherches très poussées pour démontrer l’impact de la nature sur le développement psycho-cognitif de l’enfant. Ils ont démontré qu’un contact régulier avec la nature permet l’entraînement de la mémoire, ce qui contribue à l’acquisition des compétences cognitives liées aux apprentissages scolaires comme le calcul, la lecture, la compréhension du langage…etc. Les neurosciences ont prouvé que le cerveau de l’enfant, qui est en contact avec la nature, sécrète plus de matière blanche au niveau du cervelet et a un volume important de matière grise ce qui lui facilite la concentration et booste sa mémoire. En revanche, les enfants vivant en ville loin de la nature sont plus enclins au stress à cause d’une mauvaise connexion entre les deux parties du cerveau, d’ailleurs ceci est valable aussi pour les adultes. La proximité avec la nature permet à l’enfant de mieux gérer ses émotions parce qu’il aura nourri son état psychologique avec des sentiments positifs ce qui va l’amener, d’un côté, à mieux interagir avec son entourage (amis, camarades, fratrie, parents…), et d’un autre, à augmenter sa sensibilité à l’environnement, à développer les bons gestes pour s’imprégner de la nature et pouvoir continuer dans l’avenir à la protéger.

Comment faciliter l’accès à la nature à nos enfants ?

Le mode de vie effréné que nous adoptons, nous contraint à limiter les sorties dans les espaces verts ; mais en réalité, il y a aussi la question de sécurité qui devient un vrai handicap pour le développement de nos enfants ; d’ailleurs, j’en ai longuement parlé dans mon article « Quand la sécurité devient handicapante » que je vous invite à lire sur CNM.

Un enfant doit être dans la rue en moins une demi-heure par jour (accompagné ou non, selon l’âge) où il pourrait se rendre chez l’épicier du coin ou dans la boulangerie…etc. Pendant les week-ends, les parents peuvent programmer, régulièrement, des virées dans les forêts, les parcs, les zoos et les plages ; ils peuvent aussi faire des randonnées avec leurs enfants… A la maison, ils peuvent les initier au jardinage dès leur jeune âge, en les encourageant à semer des graines, les arroser et les entretenir… Sans oublier de les habituer à la lecture des livres sur la faune et la flore.

Chaque contact avec la nature est une occasion sacrée de libérer l’enfant de son quotidien stressant et lui permettre d’aller de l’avant. La nature est la meilleure garantie de la santé physique et mentale de nos enfants ; c’est la clé, même, pour ouvrir leurs cœurs et leurs esprits.

NAJAT ALABDLI

Lauréate de l'université des sciences de l'éducation, Coach scolaire, spécialisée en psychologie du développement de l'enfant

2 Comments
  1. Bien dit chère collègue on ne peut pas se passer de la nature c’est la source de notre vie le temps y passé réduit l’hormone du stress l’homme a donc intérêt à la respecter et la préserver c’est une question de survie. Félicitations pour le choix du sujet

  2. Tout à fait d’accord avec toi mme J’ai bien aimé l’article et je l’ai partagé sur Facebook pour que le tous le monde puisse le lire

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