Quand la sécurité devient handicapante !

Connaissez-vous Leonore Skenazz ? C’est une américaine de New-York qui, il y’a 8 ans, avait laissé son fils de 9 ans prendre le métro tout seul pour se rendre à l’école. Cet acte  lui a valu le surnom de « America’s worst Mom » ou « Pire mère de l’Amérique » et lui a permis d’animer pendant un an  une émission de télé-réalité.

L’histoire de Leonore Skenazz est révélatrice sur plus d’un plan, elle nous donne à réfléchir sur la marge de liberté que nous accordons à nos enfants, sur les risques qu’ils peuvent courir avec cette « incarcération »  dissimulée et enfin sur les motifs qui nous empêchent de les laisser libres de leurs mouvements.

Il y’a 30 ans, l’incident de Skenazz serait passé inaperçu, il était normal qu’un enfant prenne le transport en commun pour se rendre à l’école, les parents l’envoyaient faire des courses dans le commerce du quartier, il pouvait garder le petit frère quand la maman était occupée …etc. L’enfant avait aussi le droit de sortir jouer dans la rue, il avait une marge de manœuvre, il jouait de manière non structurée ce qui contribuait à l’éveil de ses sens.

Qu’en est-il de nos enfants ?

De nos jours les enfants ont de moins en moins le droit de se déplacer librement, ils ont perdu en autonomie et ont moins de contact avec la nature ce qui explique leur stress et leur addiction aux jeux vidéo et aux téléphones portables ; cette sédentarité favorise la prise de poids et l’obésité. Quand ils ne sont pas à la maison, les enfants sont toujours  accompagnés de leurs parents, ils les déposent à l’école, à la salle de sport et partout où ils vont. La diminution d’autonomie géographique est due à l’entourage et aux histoires qu’on entend chaque jour sur les cas de pédophilie, d’enlèvements et d’agressions ce qui multiplie les craintes et l’anxiété des parents dont le quotidien  est rongé par les pensées négatives. Cependant, tous les enfants ne sont pas limités géographiquement : Nous rencontrons chaque jour des enfants qui se rendent à l’école à pied, seuls ou en groupe .Ces enfants vivent dans la même société que leurs pairs qui sont toujours accompagnés par leurs parents, la seule différence c’est qu’ils n’ont pas le même type de parents et ils n’ont pas reçu la même éducation, donc forcément ils réagiront différemment face au danger.

Surprotéger son enfant le détruit

 Sans le savoir les parents, au nom de la sécurité, exposent leurs enfants à plusieurs dangers : Les enfants connaissent mal leur environnement,  leur besoin d’expérimenter sera sous contrôle et dans la plupart des cas il sera freiné. Il en résulte que ces enfants se portent bien dans le cocon familial, mais dès qu’ils sont à l’extérieur, ils ont du mal à être responsables d’eux-mêmes et à interagir avec les autres. Ils vont privilégier, dans leurs relations aux autres, les plus forts pour pouvoir leur assurer le maximum de protection. Par ailleurs, ils ne sauront pas mesurer les risques auxquels ils pourraient éventuellement s’exposer parce qu’ils n’ont pas assez expérimenté. La protection des enfants est une responsabilité parentale, cependant il est fortement recommandé de leur apprendre à s’assumer et à être moins dépendants ; car bien que l’aide des parents est indispensable, elle ne doit pas « effacer » l’enfant qui doit apprendre à se débrouiller seul.

Il est du devoir de tout parent d’être respectueux de la personnalité et des besoins de ses enfants ; montrer trop de peur pour eux entrave leur développement et rend la relation parent-enfant toxique. Cette surprotection devient handicapante pour l’enfant : entre baisse d’estime de soi et manque de confiance en ses capacités, il réussira moins ce qu’il entreprend et sera moins heureux, ce sentiment l’accompagnera jusqu’à l’âge adulte.

Pistes d’aide du parent surprotecteur

Il est évident que la vie moderne augmente le stress des parents, ce qui agit impérativement sur l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants. D’ abord, les parents doivent identifier leurs peurs et les canaliser, sans quoi elles seront transmises aux enfants. Donc, avant que la situation ne dégénère, le parent doit mettre en exécution un plan de contrôle des pensées négatives, pour cela il doit fréquenter de plus en plus les espaces verts, faire du sport , exprimer ses craintes et les partager avec un ami ou un proche, et surtout éviter de fréquenter les personnes toxiques qui ne font qu’amplifier son sentiment d’insécurité.

Pour repartir sur de bonnes bases il faut revoir sa relation avec son enfant en lui accordant plus d’autonomie et de liberté sans le perdre de vue, ceci se concrétise par  redéfinir  la notion de sécurité et donner des consignes claires par rapport aux interdits. Le parent est aussi amené à montrer sa fierté par rapport aux réalisations de l’enfant aussi minimes soient elles et l’encourager à découvrir le monde en se gardant d’intervenir à chaque instant.

Au final, la surprotection des enfants n’est pas un choix, c’est un piège tendu par notre recherche démesurée de leur sécurité. Ce besoin de leur garantir la sécurité évolue au fur et à mesure que les enfants grandissent jusqu’à leur ôter leur autonomie et les plonger dans un état de dépendance qui serait difficile de guérir. Il n’existe pas de sécurité sans confrontation aux risques, mettons en place des attitudes éducatives saines et essayons d’élargir progressivement le périmètre de nos enfants. S’ils sont bien préparés ils réussiront l’aventure, chaque chose a un début et l’idéal c’est de les laisser découvrir leur environnement petit à petit.

NAJAT ALABDLI

Lauréate de l'université des sciences de l'éducation, Coach scolaire, spécialisée en psychologie du développement de l'enfant

3 Comments
  1. Un très bon descriptif de ce qu’ on vit au quotidien…. ça vient au pile cet article… Merci ça m ouvre les yeux et me remet en question par rapport à cette surprotection parents-enfants… Dès fois je ressens mon enfant déboussolé et en larmes face à une situation étrange sans la présence de l un de ses parents… le pauvre il se sent mal et sait plus comment se conduire tellement il a développé une peur externe sans raison juste par ce qu’ on lui relate en perpetuel … Merci chère auteur… ça me secoue au pile!!

  2. Je vous remercie infiniment Mme najat pour le temps que vous sacrifiez pour rédiger cet article qui est très enrichi des bons conseils que les parents doivent suivre avec leurs enfants.

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