LA RESONANCE » Un nouveau mode relationnel en psychothérapie-Part 2

En Europe, à ma connaissance, deux praticiens, appartenant à des
champs psychothérapiques différents s’y sont employés : Jean AMBROSI (Mouvance
gestaltiste), et Mony ELKAIM (Systémique). Ce concept de « relation de résonance »,
que je propose, s’étaye sur leurs travaux, et sur l’expérience clinique. J’invite le lecteur
à découvrir les écrits de ces deux auteurs. 

LA RELATION DE RESONANCE

Voyons une illustration clinique de la « résonance corporelle » :
Linda est une femme de 37 ans, c’est sa première séance. Aussitôt assise, elle me
demande par quoi elle doit commencer. Je l’invite simplement à s’exprimer sur l’objet
de sa présence. Elle suit une psychothérapie de groupe depuis deux ans. Elle
rencontre un « nœud » qu’il devient urgent de dénouer. Elle m’évoque son passé : sa
relation à son père, le suicide de son mari, un mariage précoce et forcé dans son pays
d’origine… Son débit verbal est très soutenu.
A l’écoute de ma «résonance corporelle », j’effectue le constat suivant : ma tête me
tourne par moments, comme un vertige fugace et intense. J’ai de la difficulté à suivre
Linda dans son discours.
Je ne lui en fais pas part et lui demande de définir ce qu’elle attend de moi. Elle reparle
de son « nœud », de la façon dont elle a mené sa vie jusqu’ici, elle repart dans des
explications concernant son passé… Je n’entends presque plus le contenu de son
propos, au niveau de mon corps j’éprouve : une espèce de fébrilité, ma gorge se serre
par moment, j’ai une impression d’essoufflement, de fatigue, de la difficulté à garder le
contact avec le sol…
J’interviens alors dans son discours pour lui demander s’il lui arrive de se sentir
fatiguée. Ma question n’a aucun lien logique avec son discours. Linda écarquille les
yeux, bref instant de surprise, puis elle m’indique qu’elle ne sent jamais sa fatigue.
De ma place, les sensations que j’éprouve sont si intenses, qu’en mon for intérieur se
pose par « réflexe » la question du contre-transfert. Je lui fais part de mon interrogation
sur ce qui est vraiment en jeu, je lui indique que nous allons bien prendre le temps de
la définition de son projet personnel. (Remarque : jusqu’ici, je ne lui ai pas demandé
de nommer son propre ressenti corporel, je ne lui ai pas non plus exprimé le mien).
Pendant qu’elle précise son projet, je l’invite par moments à prendre conscience de ce
qu’elle ressent dans son corps, nous constatons : la tête qui tourne, gène à respirer,
nœud à l’estomac, elle ne se sent pas en contact avec le sol.
Peu à peu, son projet se définit : être plus ouverte aux autres, s’affirmer, se libérer de
son passé. Pendant que les choses se précisent pour elle, je retrouve progressivement
mon contact avec le sol. Soudain, je ressens un frisson de froid dans le dos. C’est
l’hiver, mais la pièce est pourtant bien chauffée. Je me lève pour changer de fauteuil.
Linda m’indique alors qu’elle a froid, elle me demande si cela vient d’elle ou si c’est la
pièce qui n’est pas suffisamment chauffée.
Lors des séances suivantes, Linda se qualifiera comme une personne en continuelle
agitation, coupée par des chutes de tensions, des syncopes, des angines
« carabinées » avec 40°de fièvre. Elle de la difficulté à respirer avec souvent
l’impression d’étouffer (Dans son passé elle a eu une grave pneumonie et un début de
tuberculose). Elle utilise des médicaments : le soir pour dormir et le matin pour être
active. « Si je m’arrête, je crois que je vais m’écrouler ! » me dit-elle.

Nous pouvons, ici, aisément observer le phénomène de la « résonance». Il y a
nettement coïncidence des informations sensorielles exprimées par les deux
protagonistes de la relation thérapeutique. Nous les nommerons ici « résonances
coïncidentes ». Elles ne sont, bien sûr, pas toujours en coïncidence. L’expérience
permet de nommer différentes formes de résonance. L’utilisation de ces informations
sensorielles dans le cadre de la relation thérapeutique ne peut être développée dans
le cadre de cette présente communication. Je me suis volontairement limité à
présenter d’une manière condensée un exemple de résonance « corporelle ». Celle-ci
constitue un média interne de communication thérapeutique. Celui-ci est à la
disposition du praticien, s’il sait s’y rendre disponible et l’utiliser au service de la
relation. Dans les faits, nous avons à notre disposition différents médias internes de
communication que nous allons à présent aborder.

LA RESONANCE ET LES MEDIAS INTERNES

Qu’est-ce-que la résonance ? Nous retiendrons ici « la résonance en tant que propriété d’un corps d’entrer en vibration ». (*)
Dans la situation d’accompagnement individuel par exemple, deux personnes sont en présence par leur corps. La médiation généralement utilisée est le verbe. Ainsi, la
parole de l’un « résonne » chez l’autre. Cette résonance peut s’opérer « en écho », de
différente manière par le biais de registres –ou fonctions- dont nous disposons tous.
Je les nomme « médias de la résonance interne».
Ils sont répertoriés au nombre de dix :

  1. La sensation.
  2. La cinétique.
  3. La posture.
  4. Le rythme.
  5. L’émotion.
  6. L’image.
  7. Le comportement.
  8. La pensée.
  9. La voix.
  10. La parole.

Ce sont dix niveaux distincts d’information qui sont en jeu dans l’interaction humaine.
Ils la composent. Chacun de ses niveaux peut-être considéré comme un « média »,
un lieu de résonance potentiel ou effectif. Ces dix « médias de la résonance interne »
peuvent être considérés comme des systèmes sémiotiques de communications
internes et externes, ils peuvent être cultivés et activés au service de la relation.
Chacun de ces registres constitue un média potentiel spécifique de traduction ou
d’intelligence de la problématique de la personne, de la situation. Dans le cadre d’une
approche thérapeutique active comme la Gestalt-thérapie, chacun de ces niveaux peut
devenir une aire transitionnelle – un espace potentiel – qui va permettre l’expression
de la problématique de la personne et son mode de traitement particulier. La pratique
de la relation de résonance, nécessite le développement de la conscience des
registres symboliques qui la compose. Assumée en pleine responsabilité, elle autorise
la créativité, elle la stimule.
Ces « médias internes de la résonance» peuvent être considérés comme des modes
d’intelligence de la situation, des « tableaux internes » dont dispose le praticien, grâce
auxquels une lecture de la situation peut s’opérer. Cette lecture dépasse l’usage du
strict raisonnement, de la rationalité, tout en les intégrant. L’exercice de la relation de
résonance demande une formation, une hygiène et un entrainement particuliers. Cette
pratique exclue tout esprit de technicité ou de performance, toute cristallisation
théorique, tout projet pour l’autre. Elle exige une déontologie et une éthique. Ce mode
de communication autorise et favorise une relation authentique, au sein de laquelle les
résonances multiples peuvent être conscientisées et utilisées au service de la relation
et de sa finalité.
La disponibilité à la relation de résonance implique la capacité chez le thérapeute à
s’ouvrir à ces médias, à s’autoriser l’utilisation des différents types d’informations qui
vont se présenter à son attention en situation d’accompagnement. Cette mise en
disponibilité demande un entraînement spécifique, une culture de la présence à soi et
à l’autre ajustée. Ce mode se distingue de la relation transférentielle ou empathique
qu’il dialectise dans une communication vivante, par un jeu de témoignages
réciproques des protagonistes impliqués dans la relation thérapeutique. Le praticien
capable de « vibrer » sur ces différents registres ou médias internes, favorise par sa
résonance, l’ouverture du patient à ses différentes potentialités d’expression, de
traduction et de traitement de sa problématique

EN GUISE DE CONCLUSION

La « relation de résonance » que j’ai introduite ici, s’inscrit dans le prolongement des
observations de Jean Ambrosi (Gestalt-Thérapie), et de Mony Elkaïm (Thérapie
systémique). Cette proposition nécessite, chez le praticien, la capacité à abandonner
momentanément la prédominance de l’intelligence discursive en situation
d’accompagnement. D’autres formes d’intelligences sont disponibles et mobilisables.
L’intelligence sensitive, coenesthésique, par exemple est une ressource éminemment
appréciable et efficace. Ceci, à condition de savoir en user, de la manière appropriée,
ajustée. L’approche expérientielle de la Gestalt-Thérapie peut à cet égard, être
vraiment fructueuse. La sagesse chinoise nous dit que « les paroles sont comme des
feuilles mortes qui tombent de l’arbre ». C’est souvent le cas dans l’accompagnement
psychothérapique et dans la formation. L’approche phénoménologique gestaltiste, qui
prend en compte de manière active le corps et le vécu, dans le ici et maintenant de la
relation, nous conduit à être de plein pied dans les processus du vivant, à favoriser
l’expression du potentiel créatif de la personne. La relation de résonance est un mode
particulièrement opérant et nourricier du processus thérapeutique. Le thérapeute se
considère comme un instrument de la relation thérapeutique. L’instrument est
précieux ! Il doit continuellement se travailler et s’affiner. Cela exige une formation et
une hygiène spécifiques, un exercice continu. Cette praxis autorise le dévoilement du
thérapeute, elle implique une forme de don de soi. Il ne s’agit pas de faire n’importe
quoi, ni n’importe comment ! Le thérapeute doit avoir une bonne conscience du cadre
dans lequel il fonctionne et se sentir en adéquation avec celui-ci. (lire part-1)

karim reggad

Directeur de l’IFGAP, Psychothérapeutes Médiateurs, Gestalt-therapeute, Consultant, Coach. Formateur- Superviseur de professionnels de l’accompagnement. Auteur, conférencier international.

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