LA RESONANCE » Un nouveau mode relationnel en psychothérapie-Part 1

La personne est considérée comme un champ complexe d’énergie dans lequel tout mouvement exprime un changement de l’état du champ au moment « t » donné.

DE LA PHYSIQUE A L’INTERACTION SOCIALE

En 1861 le physicien Maxwell créa le concept de « champ » qui occupe une place majeure en physique avec des développements remarquables dans le courant
quantique. En sciences humaines, cette notion a été une source d’inspiration notable
en psychologie, en sociologie, en anthropologie. La personne est considérée comme
un champ complexe d’énergie dans lequel tout mouvement exprime un changement
de l’état du champ au moment « t » donné. Cette notion de champ, Kurt Lewin en fut
promoteur. Dans la seconde partie du XXème siècle, les conceptions de la physique,
de la Gestalt et de la Systémique, conduisent à une approche globale qui cherche à
prendre en compte différentes forces en action, qui déterminent le comportement de
la personne : sociales, culturelles, biologiques…
Cela a conduit à un changement de paradigme en psychothérapie, à une créativité
dans les modes opératoires et théoriques. Le mode relationnel, interactionnel, a de ce
fait aussi évolué. Dans un certain nombre d’approche, l’implication du thérapeute dans
le processus est même devenue un mode opératoire. Le praticien devient un
instrument de la relation thérapeutique.
Dans les années 50, un thérapeute va innover dans le champ de la psychothérapie :
Frederick Perls, neuropsychiatre et psychanalyste. L’influence de Kurt Lewin, avec
lequel il a eu l’occasion de travailler, est notable. Il sera l’initiateur d’une nouvelle
approche, la Gestalt-Thérapie, la notion de « champ » y prendra une place
prépondérante. Perls a choisi de quitter sa position de psychanalyste en retrait et
« neutre », pour entrer dans une dynamique interactive où le ressenti du thérapeute
peut être mis en jeu dans sa relation au patient. Son mode se distingue nettement de
l’approche freudienne et rogerienne qui prédominent alors sur le plan pratique et
théorique. Mais, de son approche relationnelle, Perls n’apportera pas d’élaboration théorique pertinente.
Nous allons évoquer cette évolution de la relation thérapeutique, celle de l’implication
du thérapeute, et effectuer une introduction à un nouveau mode relationnel : la
résonance. Le corps est la voie royale d’accès à la résonance. Pour le professionnel
formé essentiellement aux notions habituelles de transfert et d’empathie, accéder à ce
mode relationnel particulier, nécessite un changement épistémologique. Celui-ci a été
préparé par Perls lui-même.

LE CHAMP DE LA PSYCHOTHERAPIE

Le dernier quart du XXème siècle s’est particulièrement caractérisée par le
développement de la pensée systémique. Son application en thérapie se veut à la fois
scientifique et pragmatique. Gregory Bateson, de par ses travaux sur la schizophrénie
dans les années 50, est une figure marquante de ce mouvement.
Dans le champ de l’ethnopsychiatrie, Georges Devereux avait ouvert la voie à une
démarche transculturelle qui allie anthropologie et psychanalyse, et indiqué la
nécessité de conjuguer différentes approches. Tobie Nathan ouvre le premier centre
de consultation d’ethnopsychiatrie en France en 1979. Ma formation avec ce dernier,
m’a permis de découvrir cette approche globale de la personne ou l’espace
thérapeutique est un champ qui permet le déploiement de plusieurs forces en
présence : la patient, sa famille, le thérapeute, son équipe, les cultures respectives en
jeu. La Gestalt-Thérapie de Perls, la Systémique, l’Ethnopsychiatrie de Devereux,
nous ont invité un changement de paradigme en psychothérapie. L’influence des
observations de la physique ont laissé une empreinte qu’exprime clairement
Devereux : “Non seulement l’expérience psychanalytique provoque le comportement
qu’elle étudie, mais de fait, le crée… ».
Deux notions ont particulièrement évolué, dans le champ de la psychothérapie, celle
de cadre et de relation thérapeutique.
La psychanalyse, qui tient encore une place importante aujourd’hui, a longtemps
constitué la référence incontournable. L’avènement et l’application de la pensée
systémique en psychothérapie a débouché sur une vision circulaire des problèmes, et
non plus seulement une vision causaliste linéaire – qui prévalait jusqu’ici – ou en
termes de conditionnement (comportementalisme). Il devient évident, que des modes
différents de découpage de la réalité, sont possibles. L’important est la cohérence
interne du cadre de référence et la bonne adéquation du praticien et de son patient à
celui ci. Cela a conduit à l’élaboration d’autres modèles théoriques et thérapeutiques.
L’implication du thérapeute, l’utilisation de ce qu’il ressent en situation comme outil
thérapeutique, constituent un mouvement qui se confirme, et se précise sur le plan
théorique. Cela modifie considérablement la conception classique de la relation
thérapeutique. Les notions de « transfert » ou « d’empathie », ne sont plus les seules
opérantes. La réflexion théorique sur ces nouveaux modes relationnels demande à
être développée. En Europe, à ma connaissance, deux praticiens, appartenant à des
champs psychothérapiques différents s’y sont employés : Jean AMBROSI (Mouvance
gestaltiste), et Mony ELKAIM (Systémique). Ce concept de « relation de résonance »,
que je propose, s’étaye sur leurs travaux, et sur l’expérience clinique. J’invite le lecteur
à découvrir les écrits de ces deux auteurs. (lire la suite)

karim reggad

Directeur de l’IFGAP, Psychothérapeutes Médiateurs, Gestalt-therapeute, Consultant, Coach. Formateur- Superviseur de professionnels de l’accompagnement. Auteur, conférencier international.

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