Éducation sexuelle….Libérez la parole!!!!!

À la maison, le sujet de la sexualité fait l’objet d’un mutisme total, on n’en parle presque jamais, voire pas du tout. Dans la plupart du temps, ce rôle est assigné à la maman et jamais au papa

Je suis très en colère, et pour cause la mort tragique du petit Adnane. Je ne peux pas taire cette colère, je la sens comme un volcan qui bouillonne pour cracher de la lave.

Adnane est sorti de chez lui et n’y est jamais retourné ; on l’a mis en garde contre le coronavirus et il a tout bonnement mis son masque avant de sortir de son domicile. Ce masque est devenu, désormais, son bouclier qui est censé le protéger. Autour d’Adnane, on ne parle que de cette pandémie ; toutes les deux minutes, la télévision lance des spots pour sensibiliser la population contre ce virus. Adnane est sorti de la maison, se croyant bien protégé, l’idée de rencontrer un prédateur humain ne lui pas traversé l’esprit, peut-être même que personne ne lui a parlé de l’existence de tel danger. L’histoire d’Adnane est connue de tous et je ne veux pas en dire plus parce que ça me déchire le cœur. Des victimes comme Adnane, on en trouve partout ; agressés sexuellement et violentés, ceux qui sont encore en vie, s’accrochent à l’espoir de pouvoir effacer de leurs mémoires ces scénarios traumatiques, dont les réalisateurs ou les bourreaux font partie, en général, de leur entourage.

La sexualité, encore un tabou !

A la maison, le sujet de la sexualité fait l’objet d’un mutisme total, on n’en parle presque jamais, voire pas du tout. Dans la plupart du temps, ce rôle est assigné à la maman et jamais au papa ; elle en parle avec toutes les craintes qu’elle a et résume la sexualité dans le mot « violence ». Et dans ce cas, même ceux qui échappent aux délinquants sexuels, courent le risque, plus tard, de vivre une sexualité déséquilibrée. Nous savons que personne n’est à l’aise de parler de sexualité avec ses enfants, cependant un climat de confiance doit s’installer très tôt à ce propos, en encourageant les échanges, appelés toutefois à évoluer selon l’âge de l’enfant. La découverte de la sexualité ne doit pas être laissée au hasard, il incombe aux parents de fournir des enseignements évolutifs à ce sujet, le cas échéant, les enfants iront chercher l’information ailleurs, ce qui les exposera à beaucoup de risques et par la suite, les parents ne pourront plus rien contrôler.

Quelle éducation sexuelle pour nos enfants ?

Dans notre système scolaire, l’éducation sexuelle commence à l’âge de 12 ans, avec un cours de sciences de la vie ; il englobe les transformations liées à la puberté, le fonctionnement des organes de reproduction chez l’homme et chez la femme, la fécondation et la contraception…. Mais avant l’âge de 12 ans, aucune trace sur ce sujet. L’éducation sexuelle doit protéger les enfants de toute forme d’exploitation sexuelle, des spots devront être diffusés sur les antennes radios, à des heures de grandes écoutes et dans les émissions télévisées. Les albums et contes pour la petite enfance devront servir cette cause, ne serait-ce que de façon implicite. Les enfants doivent apprendre à dire non aux adultes et doivent apprendre à dénoncer tout comportement inadéquat, il faut leur apprendre que leurs corps leur appartiennent et que personne n’a le droit d’y toucher. Sur ce sujet, je vous propose une liste d’histoires et d’albums à lire à vos enfants.

Les fondations d’une éducation sexuelle

Dés son plus jeune âge, l’enfant se forme les fondations de sa sexualité à travers l’observation de ses parents(câlins et bisous), à travers l’expression des sentiments avec d’autres enfants(mots gentils,échanges de dessins) ; elle passe aussi par le biais de l’estime de soi et la découverte de son corps(image de son corps).Un rappel à l’ordre par les parents et les éducateurs est toujours recommandé, en cas de comportements jugés inappropriés. Si on prend le cas des adolescents, on constate malheureusement que les parents les mettent en garde contre l’alcool et la drogue,mais ne leur parlent jamais des relations sexuelles(consenties ou forcées). L’éducation sexuelle est devenue,désormais, une obligation et non un choix.

Le profil du pédophile

Le pédophile peut être un visage familier, comme il peut être un étranger, mais rien ne montre ses intentions mal-saines. Cependant, on peut s’accorder sur le fait que ces personnes s’attaquent aux enfants parce qu’ils sont moins forts,  la violence de ces prédateurs est fondée sur le sexe. Des psychologues ont tenté de faire une classification des sujets pédophiles et ont abouti à trois types :

-Le psychopathe :c’est un profil violent qui n’hésite pas à recourir à la violence(pouvant tuer sa victime) et ne ressent aucun regret ou remord.

-Le pervers : c’est un profil non-violent qui recourt à la ruse et qui est indifférent aux conséquences psychologiques de ses actes sur l’enfant.

-Le névrotique : c’est un profil qui joue «  la bonne foi » et personne ne se doute de l’atrocité de ses actes, il s’attaque souvent à un proche.

Hormis les cas accidentels, les pédophiles sont stratégiques ; leurs actes sont étudiés et sont précédés par des gestes déplacés et inacceptables. Le silence des victimes encourage la concrétisation de leurs plans.

Quel accompagnement pour l’enfant agressé sexuellement ?

L’enfant victime d’agression sexuelle est fragilisé, il vit un stress qui provoque en lui un sentiment de peur et d’impuissance ; l’entourage doit reconnaître les faits et encourager l’enfant à en parler. Le déni laisse l’enfant tout seul, en face de ses flashbacks ce qui le plonge dans un état d’anxiété et de culpabilité ; le soutien de la famille est très important pour la reconstruction de la victime.Par ailleurs, un accompagnement psychologique est nécessaire vers une sorte d’adaptation traumatique appelée coping dont l’objectif est d’affronter l’épreuve de l’agression sexuelle, un coping réussi est un prédicateur d’une bonne santé mentale de la victime. Les événements liés à l’agression sexuelle étant passés, l’enfant est confronté à ses souvenirs, il doit affronter dans sa mémoire ce qu’il a vécu et c’est justement cette étape de résilience qui demande du temps pour que l’enfant guérisse des ses blessures.

Les parents doivent avoir de francs échanges avec leurs enfants sur le sujet des agressions sexuelles ;plus ils en parlent tôt, plus ils diminuent le risque de les voir confrontés à de telles atrocités.

NAJAT ALABDLI

Lauréate de l'université des sciences de l'éducation, Coach scolaire, spécialisée en psychologie du développement de l'enfant

9 Comments
  1. Je viens de lire votre article sur ce sujet tabou malheureusement et je ne peux exprimer combien je suis impressionnée, bravo vous avez bien traité le problème. Votre article est un grand apport pour moi personnellement je vous felicite

    1. Merci Latefa pour votre commentaire,il y a beaucoup à faire au niveau de l’éducation sexuelle,c’est la seule façon de protéger nos enfants.

  2. A ajouter aussi les jeux en ligne qui mettent nos enfants en danger de rencontrer des gens pas forcément bien plutôt pervers ou psychopathes… Le pire s ils sont dans les environs et que l enfant peut facilement les rencontrer physiquement…
    Excellent article que je recommande pour un maximum de partage…

    1. Merci Loubna pour le commentaire,une sensibilisation des enfants aux dangers qu’ils peuvent courir sur internet est obligatoire, il ne faut rien laisser au hasard.

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