Nous, parents, passons beaucoup de temps à faire des recommandations à nos enfants du type : « Sois fort, arrête de pleurer ! », « Fais vite et arrête de trainer » …

Nous, parents, passons beaucoup de temps à faire des recommandations à nos enfants du type :
« Sois fort, arrête de pleurer ! »
« Fais vite et arrête de trainer »
« Sois gentil, fais le pour moi ! »
« C’est tout ! Tu aurais pu avoir une meilleure note ! »
« Travailler ainsi ne te mènera nul part, fais plus d’efforts, donne-toi un peu de mal ! »
Nous avons tellement envie qu’ils fassent bien et qu’ils soient les meilleurs que nous n’hésitons pas à répéter toujours la même chose.
Ces recommandations font partie de l’histoire de chaque parent, vous l’entendez dire : « J’ai grandi avec et je me suis trouvé(e) à les répéter inconsciemment à mes enfants ».
Et si nos injonctions impactent le vécu émotionnel et le comportement de notre adolescent !
Cette lignée d’injonctions renferme des « savoirs faire » et « des savoirs être », en d’autres termes « ce qu’il faut faire » et « ce qu’on doit être » ; bien entendu, les enfants réagissent différemment à ces injonctions. Si ces recommandations ont un impact positif sur l’éducation des enfants, elles ont aussi un impact négatif : En apparence les prescriptions parentales n’ont rien de négatif, bien au contraire elles sont même « le droit chemin », mais à force de toujours les répéter aux enfants, elles deviennent des croyances qui façonnent leur façon d’agir et conditionnent leurs comportements plus tard, quand ils grandissent.
L’adolescent dont les parents lui répétaient toujours quand il était petit de faire vite, sera efficace dans l’urgence mais agira toujours avec précipitation lors des prises de décisions, et remettra son travail au lendemain, ce qui apparait nettement quand il s’agit de préparer ses examens.
L’enfant à qui les parents demandent d’être fort, se coupe ainsi de ses émotions et apprend à les refouler, croyant que c’est un signe de force et se privant ainsi de s’accorder le droit à l’erreur.
Très souvent, les parents cachent leur satisfaction quand leur enfant ramène une bonne note, sous prétexte que ça le poussera à faire mieux la prochaine fois ; et bien en effet, il fait mieux et obtient la note qui va faire plaisir à ses parents, or quand il grandit, il a toujours le souci de vouloir faire mieux, ce qui fait de lui un perfectionniste qui se perd dans les détails et qui ne saura pas savourer le plaisir de la réussite.
La maman voulant convaincre son enfant de manger le plat qu’il déteste lui dit : « fais-moi plaisir, je suis ta maman chérie, je vais avoir de la peine ! » ; le petit va manger son plat pour ne pas la décevoir, ce qui va encourager la maman à procéder de la même façon dans d’autres circonstances ; et à force d’entendre toujours la même phrase, une fois grand, il aura toujours peur de décevoir l’autre, ainsi l’enfant se départit de ses besoins pour ne penser qu’à ceux des autres.
Pour amener leur enfant à fournir plus d’efforts et persévérer, les parents vont souvent le lui rappeler ; il en résulte que l’enfant donne le meilleur de lui-même pour réussir, mais il grandit avec l’idée que la réussite est liée à la difficulté et donnera moins d’importance aux réussites faciles.
S’agirait-il des drivers de l’analyse transactionnelle ?
L’analyse transactionnelle est une méthode d’analyse de la personnalité et de la communication entre les gens, c’est donc une thérapie qui aide à mieux se connaitre et mieux vivre en groupe, elle vise à améliorer les échanges et les comportements que la personne entretient avec les autres. Selon cette méthode, l’état du moi se décline en trois facettes :
– L’état du Moi Parent se traduit par les attitudes et réactions copiées sur le parent ;
– l’état du Moi Adulte c’est les pensées et réactions en relation avec l’ici et maintenant ;
– l’état du Moi Enfant implique les pensées et les comportements reproduits de l’enfance.
Notre personnalité est structurée par ces trois états du Moi qui nous permettent d’aborder la réalité. Ces états du moi orientent notre façon de répondre et de réagir lors d’une discussion ; et ce sont les circonstances qui font qu’on utilise l’une ou l’autre composante. Il est à noter que chaque état du Moi a des aspects positifs et des aspects négatifs.
Les drivers sont généralement des messages répétés par les parents, ils influencent inconsciemment notre comportement et ce depuis notre enfance. Selon l’analyse transactionnelle ces messages sont émis par l’état du Moi Enfant des parents à l’état du Moi Enfant de l’enfant ; il existe cinq drivers ou messages contraignants que j’ai illustré précédemment avec des exemples : Faire vite-Etre fort-Faire mieux-Faire plaisir-Faire des efforts.
Se faire accompagner pour rééduquer la facette de l’état du Moi Enfant.
Les messages contraignants ou drivers conditionnent les comportements des personnes et leurs relations aux autres. Commencer par les identifier, c’est en prendre conscience pour pouvoir, ensuite, les évaluer et en comprendre le fonctionnement. En réalité ce qui prime, ce ne sont pas les messages que nous avons reçus quand nous étions enfants mais notre construction personnelle de ces messages : ces injonctions répétées nous donnent des objectifs qui ne sont autres que des croyances, avec des forces et des faiblesses, et qui vont caractériser notre vie.
Pour commencer, l’adolescent doit lister les messages contraignants qui impactent son vécu émotionnel (en général chacun en porte deux à trois), ensuite il doit en recenser les avantages et les inconvénients, et les croyances qui en découlent. L’étape suivante consiste à se donner des « permissions » de corriger ces croyances négatives et de choisir un autre comportement adapté à la situation.
Prenons l’exemple d’un adolescent qui a pu identifier son message contraignant (Sois parfait) ; il sait qu’il a besoin de tout contrôler pour que tout soit parfait. Il doit rendre, aujourd’hui, le travail demandé par l’enseignante mais il ne l’a pas encore achevé, il doit le relire et le corriger : « Je me permets de remettre le travail sans le relire, sinon je serai contraint de le rendre après le délai fixé ».L’adolescent aura compris qu’il a le droit de faire des erreurs.
En prenant du recul, nous parvenons à comprendre que nous sommes à l’origine des comportements de nos enfants, nous modelons leurs compétences émotionnelles à travers les drivers ou messages contraignants que nous leur transmettons inconsciemment et qui sont la source de nombreuses limitations. Les accompagner pour « déjouer » ces drivers, permettra aux adolescents de s’affirmer, de reconnaître leurs besoins et d’y répondre ; et surtout, de sortir des sentiers battus en faisant le choix d’être ce qu’ils veulent être et non ce que leurs parents veulent qu’ils soient.
Les parents doivent veiller à nourrir l’intelligence émotionnelle de leurs enfants, c’est leur unique allié quand ils sont dans une situation qui génère le stress et l’anxiété. Si les enfants connaissent leurs émotions et arrivent à leur donner des noms, ils arriveront à mieux les vivre et les accepter.
Enfin, il est important de comprendre que ces drivers sont installés depuis l’enfance, et que pour s’en libérer, il est essentiel d’effectuer un long travail sur soi, en vue de comprendre les autres et de trouver des solutions aux problèmes relationnels.








C est vrai qu on a grandi avec ses injonctions et on les a répété à nos enfants, avec leurs effets positifs et négatifs. Mais est-ce que ne rien dire (aucune injonction) est une solution?
Merci Mounia pour le commentaire,pas arrêter de faire des injonctions mais plutôt rester modérer;il y’a des personnes qui croient que les injonctions trouvent leur efficacité dans la répétition,alors que c’est faux parce que la répétition des injonctions ne protège que le parent,ça lui évite de culpabiliser quand l’enfant commet des erreurs.Le problème ce n’est pas l’injonction en elle même,mais c’est son caractère répétitif qui finit par brider les comportements de l’enfant.