La famille recomposée

La famille est une institution importante, elle constitue le noyau de la société. Dans son ouvrage, Du contrat social, Rousseau considère la famille comme étant la plus ancienne de toutes les sociétés, et dans Emile ou de l’Education, il dit « Il n’y a point de tableau plus charmant que celui de la famille ». Ce charmant, tableau qu’est la famille, n’échappe pas aux « intempéries » de la vie de tous les jours, il s’en altère et des fois il se brise : le couple choisit alors la séparation.

Le divorce…Premier pas vers une deuxième chance.

Généralement, après le divorce les parents choisissent de refaire leur vie, ils se remarient et se donnent « une seconde chance », une seconde chance d’avoir une deuxième famille. Toutefois, dans toutes ces décisions (divorce et remariage), les enfants n’ont pas leurs mots à dire : ils n’ont souvent rien choisi, la situation leur est imposée.  

Le divorce des parents est toujours vécu comme la fin d’un beau rêve malgré les problèmes que peut connaître la famille. Pour les enfants, tant que les parents sont ensemble, la famille est là.

 Après une à deux années du divorce, le parent pense à « refaire sa vie », il aura fait le deuil du premier mariage et passé du temps avec son ou ses enfants, ce temps de latence lui permet de réfléchir à ses priorités familiales. C’est aussi une occasion de laisser aux enfants le temps de s’adapter à la séparation des parents. D’ailleurs, un remariage précipité est généralement voué à l’échec…

La famille recomposée : quand deux familles se marient…

Quand l’un des deux parents se remarie, les enfants sont amenés à vivre une nouvelle expérience, celle de la famille recomposée. C’est une nouvelle configuration familiale impliquant de « nouveaux acteurs » : une belle-mère ou un beau-père, parfois des quasi-frères et ou des quasi-sœurs. Bien souvent la donne n’est pas toujours réconfortante et les enfants, selon leurs âges, vivent différemment cette nouvelle situation.

Généralement, pour les plus petits, le remariage de l’un des parents leur donne de la sécurité affective, car le divorce, avec tout ce qui va avec, est pour eux un traumatisme violent. La nouvelle structure de la famille les rassure.  les grands, par contre, vivent le remariage des parents différemment et sont plus impactés par les nouvelles conditions.

Il faut admettre qu’il est plus difficile de réussir son mariage en famille recomposée qu’en famille cellule : si la famille cellule vit les événements étape par étape selon l’ordre classique pré-établi par la société (le mariage d’abord, puis l’arrivée des enfants un à un), dans le cas de la famille recomposée tout vient en même temps et il faut  tout gérer dès le départ (Partenaire et enfants), ce qui fait que cette relation est différente, et se heurte à plus d’un problème malgré la détermination des partenaires à réussir là où ils ont échoué dans le passé.

Qu’en pense le coach ?

Le projet remariage doit être annoncé aux enfants bien avant de conclure l’union, l’idée, là, n’est pas de leur demander l’autorisation, mais de les impliquer dans le projet « remariage ». S’ils sont contre, il faut leur laisser du temps pour se faire à l’idée qu’il y aura une nouvelle personne dans la vie du parent et dans leur vie. Petit à petit, ils voudront faire la connaissance du partenaire et découvrir de qui il s’agit, les enfants ont une ouverture à accueillir les autres. La période pré-remariage est déterminante pour les enfants et pour le couple.

 Les conflits, dans la plupart du temps, sont liés à l’autorité, à la jalousie et à l’acceptation de l’autre, d’ailleurs les questions qui reviennent souvent dans une famille recomposée ressemblent à ceci :

L’enfant : « Et si elle (la belle –mère) tente de prendre la place de maman ? »

Le beau- parent : « Vont-ils (les enfants) m’accepter ?quel rôle aurais-je dans leur vie ? »

La belle-mère : « Me soutiendrait-il (le conjoint) dans les décisions liées aux enfants ? 

Ce qui est important au début du remariage, c’est  de cadrer la relation : on est d’accord que les beaux-parents ne peuvent en aucun cas remplacer les parents ; en acceptant de s’engager auprès de l’enfant, ils vont jouer un rôle dans sa vie , mais  pas nécessairement un rôle parental. Ils seront attentifs à l’enfant, à ses besoins, la relation doit être basée sur l’écoute et le dialogue. En fait, ce qui est vraiment essentiel c’est d’être justes avec les enfants, feindre l’amour ne sert à rien. 

L’enfant qui a du mal à accepter le beau- parent expose la famille recomposée à l’échec, en réalité l’enfant réagit à la situation qui le stresse et non pas au beau-parent en tant que personne. Son attitude est dictée par sa crainte de perdre à jamais son parent, il est bouleversé de ne pas l’avoir à lui seul. Dans ce cas, il ne faut surtout pas forcer le lien et il est recommandé d’expliquer à l’enfant que le beau-parent ne prendra pas la place du parent, que ses parents, même divorcés, seront toujours présents pour lui.

Les attentes de chacun de la famille recomposée, étant éclaircies, les conflits seront moins fréquents et seront surmontables. Ils seront traités de la même façon et avec les mêmes mécanismes que dans une famille cellule.

Si le divorce est un choix des parents, le remariage est aussi un choix qu’il faut assumer. Le rôle des parents et des beaux-parents est très important pour la santé psychique des enfants, il est impératif d’œuvrer pour leur bien-être et passer outre les problèmes que le couple a vécu ou vit. Si les parents et les beaux-parents assurent aux enfants la sécurité et l’harmonie qu’il faut, les enfants auront plus de chance de réussir leur vie de couple une fois adulte et feront moins de choix précipités dictés par la situation vécue.

 En dépit des efforts et de la bonne foi des partenaires, la famille recomposée reste fragile parce qu’elle est construite à partir d’un échec, c’est une famille qui n’a pas de racines, qui tente de s’ancrer et où chacun cherche à trouver sa place et s’affirmer.

NAJAT ALABDLI

Lauréate de l'université des sciences de l'éducation, Coach scolaire, spécialisée en psychologie du développement de l'enfant

3 Comments
  1. Merci Najat pour ton analyse. En somme, être en famille, qu’ elle soit la première ou la deuxième reste un vrai numéro d’équilibristes. Heureusement, qu’il y a des filets au cas où:)

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