
Sécession vs construction
Pour le coach français, la Grande-Bretagne a toujours joué la carte de la sortie. Elle a fini par mettre à exécution ses menaces aussi vieilles que l’UE. Les gènes de la sécession existant dans certaines parties de l’UE et de l’autre côté existent des gènes clairement axés sur la construction d’un marché commun, d’une monnaie commune et d’un avenir commun. Pour lui, «ce sont ces gènes qui nourrissent les principes fondateurs de l’UE, les raisons pour lesquelles elle a été construite. Ces gènes sont toujours là. Ils ne peuvent être facilement effacés par des opportunistes hystériques».
Risque de sécession inside
«En tant que membre sectionné, la Grande-Bretagne continuera à porter son cadre de référence, son programme génétique spécifique, mais en interne», explique A. Cardon. Comment ? «Les gènes de sécession et le processus Brexit continueront à se développer à l’intérieur de la Grande-Bretagne», poursuit-il.Le Royaume-Uni a montré la voie aux autres entités le composant. Rappelons que le vote Brexit n’est pas un vote britannique, mais un vote anglais. L’Ulster et l’Écosse ont voté, majoritairement, contre le retrait de la Grande-Bretagne de l’UE. Ces deux nations anglaises sont europhiles. L’Écosse avait voté à 62% pour rester dans UE. Et l’Irlande 55,7%.
D’ailleurs, Nicola Sturgeon, première ministre écossaise, a plaidé la cause des Écossais à Bruxelles, une semaine après le Brexit. Il est intéressant de constater, poursuit Alain Cardon, qu’en Grande-Bretagne l’Ulster et l’Écosse perçoivent la politique britannique exactement de la même manière que l’Angleterre perçoit Bruxelles : lourdeur, centralisation, bureaucratie, contrôle, blocage, cherté, arrogance, etc. Ironiquement, l’Angleterre définit Bruxelles exactement de la même manière dont elle est décrite par les nations britanniques non anglaises, souligne avec humour A. Cardon. Maintenant que l’Angleterre «devra lutter contre ses propres gènes. Il est, en effet, beaucoup plus facile de sortir d’une communauté pour des motifs immédiats, individualistes ou opportunistes que de construire, laborieusement et sur le long terme une communauté d’intérêt», explique A. Cardon. D’un point de vue systémique, il y a aujourd’hui, pronostique le coach français, une chance beaucoup plus élevée que suite au Brexit la décision se propage au sein de la Grande-Bretagne et non au sein de l’UE. Paradoxalement, l’Ulster et l’Écosse peuvent, maintenant, prendre le modèle anglais du Brexit en compte pour «s’affranchir de la Grande-Bretagne et refuser son cadre de référence d’insularité».
En effet, le lundi 13 mars, la première ministre écossaise, N. Sturgeon a annoncé son souhait de lancer une consultation sur l’indépendance de l’Écosse avant la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Il y a fort à parier que l’Ulster serait tenté, également, par le même destin. «Ces pays britanniques, souvent traités comme de simples territoires coloniaux, peuvent choisir d’utiliser les gènes du Brexit pour rester au sein de l’UE afin de devenir des pays acteurs de l’union et contribuer pleinement au processus plus difficile, mais plus durable de la construction d’une plus grande collaboration communautaire en Europe», pense Alain Cardon. «Il ne faut pas oublier que dans le reste de l’UE comme dans tout système génétique, les forces centrifuges et centripètes concurrentes ont jusqu’à présent favorisé l’union, malgré les plus grandes divergences», poursuit-il. Pour lui, «on ne parierait pas beaucoup sur d’autres mouvements de type Brexit dans le reste de l’UE dans un proche avenir». Il pousse la réflexion plus loin : «on pourrait parier sur un réveil européen plus fort et ceci avec des remerciements très spéciaux aux électeurs anglais du Brexit !» Les votes autrichiens et néerlandais et la décision de l’Écosse du référendum lui donnent raison. 2017 verra les élections présidentielles en France et en Allemagne. Affaire systémique à suivre. (lire part 1)








